Le sens de nos pratiques

Bonjour à tou-te-s !

Mais qu'est-ce que le yoga en définitive ? D'où vient-il ?

Peut être est-ce une question que vous vous posez à la vue de tous ces nombreux courants qui se définissent comme étant du yoga : vinyasa yoga, ashtanga yoga, iyengar yoga, hatha yoga et aujourd'hui le Sup-yoga(yoga sur l'eau), l'acro yoga, le yoga de l'énergie, le power yoga etc, etc... Aujourd'hui, à l'aube de devenir enseignante de viniyoga, je souhaite répondre à cette question qui m'est souvent posée « quel type de yoga enseignes-tu ? Quelles sont les différences avec tel ou tel autre yoga ? » . Répondre en deux mots n'est pas facile ! Et il convient de remonter dans l'histoire du yoga et d'en comprendre les évolutions contemporaines... pour enfin s'accorder sur ce qu'est la substantifique moelle du yoga, au regard de la définition qui nous est donné par Pat Anjali, dans son texte Yogasûtra, comparable à une bible pour le yogi en devenir...

Un peu d'histoire …

Le yoga nous a été transmis , selon les Védas environ au XVème siècle av J-C à travers des écrits en sanskrit. Le yoga fait partie des 6 systèmes philosophiques (techniques pour se libérer de la souffrance générée par les mouvements incessants du mental) offerts par les védas qui comprend lui même 5 voies de yoga dont celle que je vais développer plus amplement dans cet écrit: le hatha yoga qui vise l'énergie mise en forme par des techniques psychocorporelles afin d'accéder à notre vraie nature. Ainsi, selon l'origine du yoga, il y a plusieurs voies pour pratiquer le yoga : on peut simplement méditer ou encore s'adonner entièrement à une cause humaniste ou caritative ou enfin, on peut simplement pratiquer le yoga par la prière et la dévotion à l'égard d'une entité divine. Pat Anjali a développer à travers les yogasûtra, une vision du yoga qui intègre toutes ces dimensions du yoga décrites par les Védas. Pour Pat Anjali, afin de sortir de la souffrance et accéder à notre vraie nature en apaisant notre mental, il y a deux voies à suivre : celle d'un yogi pratiquant la dévotion, sa foi dans le divin et/ou celle d'un yogi qui, à force de pratique assidue du yoga, tendra vers sa libération. Pour nous, pratiquant-e-s le yoga par le biais du corps, il faut savoir que n'importe quel courant de yoga hérite de l'Hatha yoga, l'énergie mise en forme par des techniques psychocorporelles, Ha =lune et tha=soleil, relatifs à la santé profonde, nous amenant à notre vraie nature. Reste à savoir si la forme de yoga que nous pratiquons respecte ses fondements...

Mais de quelle pratique s'agit-il alors ?

« YOGA CITTA VRITTI NIRODAH » , traduit du sanskrit signifie « Le yoga, c'est l'arrêt des perturbations du mental » selon l'aphorisme 2 du livre I des Yogasûtra de Pat Anjali. Et pour supprimer ces perturbations et rendre effectif cet état de yoga, la voie à suivre est la suivante : « ABHYASA VAIRAGYABHYAM TAN NIRODAH » qui se traduit ainsi «  par la pratique et le détachement : leurs suppressions ». La pratique qui est ainsi préconisée pour le yogi n'étant pas dans le détachement ultime ou la dévotion totale envers Dieu, c'est celle qui mêle à la fois pratique d'asânas ( postures), pranayâma ( exercices de respiration profonde) et dhyana (méditation).

Aussi, aujourd'hui, dans les différentes formes de yoga qui nous sont proposées, la question à se poser est la suivante : ces trois aspects incontournables du yoga font-ils bien partie de ce qui m'est proposé de vivre dans ma séance ? Et dans quelle proportion ? A titre d'indication, entre 25 et 75 ans, le yoga est un yoga de protection visant à introduire le courant énergétique dans la sushumna nâdi (la rivère énergétique principale du corps) et la part consacrée aux postures est de 25%, contre 50% dédiée au pranayamâ et 25% à la méditation. On peut encore se demander si aujourd'hui, les formes de yoga que l'on nous propose conserve cette part importante à la pratique du pranayamâ et à la méditation ?  Les postures de yoga sont en fait un support pour apprendre à respirer et à se détacher de l'observation du mental exercée sur nous mêmes et sur le regard de l'Autre. Le corps devient un support d'élévation du mental à condition que nos kurmas (ou points d'appuis) à partir desquels la posture s'érige soient bien ancrés, forts et stables. A l'image d'un arbre, nos branches, ramifications et feuilles ne peuvent s'étoffer qu'à partir d'un enracinement fort : comment donner des fruits si au moindre coup de vent extérieur, notre tronc se déstabilise ou se casse ? La pratique des asanas vise à renforcer le port du corps en même temps que celui de l'esprit et à révéler en chacun-e la force de vie intérieure qui permet de trouver en nous la Source du bonheur plutôt que d'aller chercher à l'extérieur de quoi se remplir. Aujourd'hui, un grand nombre de courants de yoga visent à renforcer le corps, à embellir notre plastique extérieure afin de répondre à une préoccupation envahissante dans notre société : est-ce que mon paraître va me donner plus de consistance, plus d'être, plus de légitimité et de reconnaissance face au monde de compétition dans lequel je dois faire ma place ? Et si, à travers un yoga spirituel, nous inversions la question : est-ce que mon être ne donnerait-il pas plus de lumière et de Beauté à mon entourage si je trouve en moi l'unité et l'apaisement ? Par extension, est-ce que grâce au yoga, je ne trouverai pas simplement la paix de l'esprit et ainsi toute ma place d'être éveillé et heureux en ce monde ? Je pose ces questions car il me semble que comme toute pratique visant à nourrir la soif de bonheur de l'homme, elle est soumise à certaines interprétations erronées qui transforment entièrement l'essence même du yoga et qui détourne notre être de ses aspirations profondes : acquérir une confiance inébranlable en nous même et en la Vie. D'ailleurs, on peut se demander si le Power Yoga rime avec apaisement du mental et dissolution de l'Ego...

Le viniyoga, un yoga adapté à la personne qui le pratique

Krishnamacharya (1888-1989) a été, pour le yoga contemporain, un maître qui a enseigné la philosophie des vedas et l'essence du yoga de Pat Anjali à différents maîtres du yoga , TKV Desikachar, Shri Patabijois, Iyengar etc... De ces enseignements sont nés 3 courants bien connus aujourd'hui : L'Ashtanga Yoga, Iyengar Yoga et le Viniyoga (forme moins connue et pourtant la plus respectueuse de l'essence du yoga). Nous allons nous intéresser ici à la particularité du viniyoga, dont le fondateur de cette tradition demeure Krishnamacharya. Viniyoga est un terme employé par Pat Anjali dans l'aphorisme 6- livre III « TASYA BHÛMISHU VINIYOGAH », qui se traduit par « une application ajustée du yoga selon les niveaux ».Ce yoga vise à construire une pratique adaptée à la personne, à ses conditions de vie, à ses contraintes physiques et à en améliorer le potentiel d'élévation de l'être. Il associe des pratiques de postures dynamiques et statiques afin d’asseoir une respiration et un souffle profond, amplifié qui va peu à peu mettre le pratiquant dans un état de bien être physique et mental et le disposer à entrer dans un état de réceptivité plus subtil, à une écoute intérieure plus grande, à stopper les jugements du mental, à savourer instant après instant le vivant qui circule dans chaque cellule du corps. C'est une approche très complète du yoga à travers la pratique des âsanas qui visent à faire circuler l'énergie, Prana, dans les canaux du corps et à faire grandir un état de Conscience et d'harmonie avec le Grand Tout à travers le pranayâma et la méditation. Il installe le corps et l'esprit dans un état de paix et d'abandon. Il permet en somme d'accéder à un sentiment d'amour universel et de générer des vibrations positives capables, par extension, de contaminer le monde ! Aussi, la question qui se pose alors pourrait être celle-ci en guise d'ouverture/fermeture : et si chacun-e pratiquait le yoga dans le but de s'abandonner au positif, à l'optimisme et à l'Amour universel, quel monde émergerait-il alors ? Ça donne envie d'essayer, non ;-)

 Et vous, quel yoga pratiquez-vous ? Et quel sens donnez-vous à votre pratique ?

Hâte de vous lire et d'échanger avec vous à ce sujet !

En attendant, je vous dis au mois prochain !

Cécile.